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1 février 2009

Projet de recherche et de démonstration en itinérance et santé mentale, une recherche qui soulève bien des questionnements

Le gouvernement fédéral, via l’Agence Fédérale de santé mentale, a déployé un projet de recherche et de démonstration concernant l’itinérance et la santé mentale au Canada. Pour ce faire, cinq grandes villes canadiennes, dont Montréal, ont été choisies. Un budget de 22 millions a été attribué pour Montréal uniquement et le projet de recherche est présenté par le CSSS Jeanne-Mance et l’Institut Douglas. Pour ce projet, on devra rejoindre 500 personnes vivant en situation d’itinérance et ayant des problèmes majeurs ou des besoins modérés en santé mentale. La personne aura comme unique obligation d’accepter une visite par semaine. Les groupes seront divisés de la façon suivante :

200 itinérant-e-s avec besoins majeurs en santé mentales :

- 100 se retrouveront principalement en logement privé avec supplément au loyer pris à même le budget de la recherche avec suivi intensif institutionnel (CSSS Jeanne-Mance)

-  100 autres, avec le même profil, et à qui nous ne dispenseront aucun service spécifique ni même de logement. 300 itinérant-e-s avec besoins modérés en santé mentale :

 -100, principalement en logement privé avec un suivi dont l’assignation institutionnelle ou communautaire se fait au hasard. La subvention au
loyer est prise à même le budget recherche;

- 100, en logements sociaux avec un suivi communautaire dont
l’assignation communautaire ou institutionnelle se fait au hasard.

- 100 autres itinérant-e-s ne recevront aucun service spécifique ou
logement.

On comprend donc qu’à partir d’un programme streets to homes et Pathway to housing, certains objectifs visent à comparer le logement social au logement en marché privé. La FOHM a émis plusieurs réserves vis-à-vis de cette recherche. Retrouverez la position intégrale sur notre site www.fohm.org dans la section « communications/mémoires et positions politiques ».

Un premier problème éthique : les personnes sont-elles strictement des objets de recherche ?

Lorsque nous référons aux 200 itinérants ayant des besoins modérés ou majeurs à qui aucun service ni logement ne sera offert, Ils participeront uniquement aux entrevues. Ces deux groupes serviront à comparer l’évolution des personnes et démontrer l’efficacité des approches, et ce, nonobstant qu’ils n’aient accès à aucun logement. Il y a fort à parier que nous pouvons déjà déterminer les gagnants. Nous allons, au hasard, déterminer qui aura droit à un logement et qui n’y aura pas droit. De plus, les chanceux et chanceuses qui auront « gagné » un droit au logement n’y habiterons que pour la durée du projet, grâce à un supplément au loyer, pris à même le budget de 22 millions.

La Ville ne s’est pas engagée à assurer la pérennité du projet donc à assumer ces 200 suppléments au loyer. Ces personnes auront-elles à résilier leur bail à la fin du projet ? Solliciter la participation des personnes qui déjà vivent une désaffiliation du réseau et ne pas garantir la pérennité du logement n’est-il pas risqué ? Il y là, pour nous, un grave problème éthique qui réside, entre autre, dans la relation que nous avons avec les personnes : sont-elles des objets de recherche ?

Un deuxième problème éthique : Une recherche qui favorise une fracture sociale et une société de privilèges… Il nous faut garder en tête que le Québec est la seule province à avoir maintenu un programme de logement social avec AccèsLogis Québec et a avoir développé autre chose que du logement abordable. Ce programme a le mérite de ne pas créer de ghettos en s’appuyant sur la mixité sociale – seuls 50% des logements sont subventionnés. Il s’agit là d’un choix de société qui, depuis son instauration, a répondu aux nombreuses critiques de ghettoïsation adressées au logement social et communautaire.

L’injection de subventions dans le logement communautaire versus l’allocation de suppléments aux loyers dans le marché privé favorise le développement d’un patrimoine collectif et non l’enrichissement de propriétaires. Par l’orientation que prend la recherche en mettant à l’avantscène le logement privé, nous jouons des aspirations individuelles contrairement à un projet social. Faudra t-il comprendre qu’il y aura une formule de logement pour les personnes ayant des problèmes de santé mentale et une formule de logements pour les autres ?
Le logement d’abord existe depuis longtemps ici et nous aurions avantage à poursuivre l’innovation en créant des ponts entre la santé et l’habitation.

L’orientation de cette recherche renforce encore une fois l’approche silo si souvent décriée, soit l’habitation avec l’habitation et la santé avec la santé. Nous ne voyons aucune reconnaissance de ce que les groupes d’habitation ont mis de l’avant depuis de nombreuses années : Encore une fois, la santé prend toute la place…

Vous trouverez ci-après (voir pdf) la lettre qui a été envoyée au CSSS Jeanne-Mance ainsi qu’à lnstitut Douglas.

Lettre déposée à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas

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