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Débrouillardise et initiative à l’honneur

Préparation de repas additionnels pour les proches des locataires et les visiteurs; offre de mets emballés sous vide ou de repas préparés aux aînés du quartier ou de la municipalité; location des unités vacantes comme chambres de convalescence; exploitation d’un atelier d’ébénisterie ou d’une serre horticole impliquant les locataires; partenariat avec des organismes qui poursuivent une mission similaire comme les popotes roulantes : les OSBL d’habitation pour aînés fourmillent de projets qui mettent à profit leurs ressources ! Ce faisant, ils offrent des services additionnels aux personnes aînées et favorisent une vie communautaire plus riche. Une étude réalisée par le RQOH recense les expériences les plus prometteuses et met en lumière le dynamisme des administrateurs, des bénévoles et des gestionnaires impliqués dans les habitations communautaires.

Au Québec, quelque 650 ensembles de logements collectifs appartenant à des OSBL d’habitation s’adressent spécifiquement à des ménages aînés. On parle ici de plus de 23 000 ménages, dont les trois quarts bénéficient d’une offre de services non résidentiels pouvant inclure des repas, des loisirs, des services d’aide domestique ou d’assistance personnelle, et dans certains cas des soins infirmiers.

Ces organismes disposent donc d’infrastructures et de ressources qui vont au-delà de ce qui serait nécessaire s’ils n’offraient que des logements. Il peut s’agir de salles à manger ou de salles communautaires, d’installations de cuisine de type commerciale et du personnel requis pour dispenser ces services (cuisiniers, préposés, infirmières ou infirmiers auxiliaires, etc.). Comme les services non résidentiels doivent s’autofinancer et que la capacité de payer des locataires s’avère limitée, les organismes sont toujours à la recherche de moyens pour équilibrer leur budget et faire en sorte que leur offre de services demeure abordable.

Responsable du soutien aux OSBL-H pour aînés au RQOH, Jacques Beaudoin explique que l’étude réalisée par le Réseau visait précisément à mieux connaître les activités et les services offerts par les organismes, en sus des services inclus au bail de location, qui génèrent des revenus additionnels ou desservent des personnes aînées du milieu environnant. Or, « les informations que nous avons recueillies témoignent d’un secteur dynamique qui fait preuve de beaucoup d’initiative et qui est très impliqué dans la communauté », affirme le responsable.

Parmi ces activités, la location de locaux est l’une de celles que l’on retrouve le plus fréquemment. La majorité des organismes disposent en effet d’une grande salle à manger et souvent aussi d’une salle communautaire. Ces salles sont alors mises à la disposition des locataires, gratuitement ou à tarif réduit. Elles sont également offertes en location à des organismes ou entreprises du milieu, qui les utilisent pour la tenue de leurs propres activités ou pour offrir leurs services aux locataires sur place. Non seulement ces locations s’avèrent-elles rentables pour les organismes, mais cela participe au « décloisonnement » des habitations pour aînés, qui deviennent ainsi des lieux de plus en plus ouverts sur la communauté.

Quelques organismes disposent d’espaces de bureau ou commerciaux, qu’ils louent en permanence à des entreprises (pharmacie, dépanneur, salon de coiffure, restaurant…), des institutions du réseau de la santé ou des organismes communautaires. Encore là, le potentiel de rentabilité est appréciable et cela permet de rendre accessible un plus grand éventail de services aux locataires. « Évidemment, précise Jacques Beaudoin, tout cela dépend de la disponibilité de tels locaux. L’intégration d’espaces commerciaux constitue une option intéressante pour compléter le financement de certains projets d’habitation communautaire et équilibrer leur budget d’exploitation. Mais encore faut-il que les programmes qui soutiennent le développement du logement communautaire permettent ce type de montage financier. »

Un autre champ d’intervention populaire parmi les OSBL d’habitation pour aînés concerne la préparation et la livraison de repas additionnels, en plus de ceux qui sont inclus au bail. Plusieurs organismes dont les logements s’adressent à des aînés autonomes ou en légère perte d’autonomie offrent déjà aux locataires un service de repas, à raison d’un repas par jour. Ces organismes disposent des équipements et du personnel pour en produire plus. Des locataires apprécient pouvoir à l’occasion acheter un repas supplémentaire, pour le repas du soir ou les week-ends.

Certains organismes, comme Campus 3 à Gatineau et Alternatives communautaires d’habitation et d’intervention de milieu (ACHIM) à Montréal, se sont procuré l’équipement requis pour pouvoir emballer sous vide des mets préparés, qu’ils proposent à leurs locataires et aux personnes qui fréquentent les locaux de l’organisme. ACHIM a même mis sur pied un service de « popote maison », qui offre des mets congelés ou emballés sous vide aux aînés du quartier, incluant la livraison à domicile. Son directeur, François Tremblay, explique : « Tant qu’à préparer des repas pour nos locataires, on s’est dit qu’on pouvait en faire plus. Au-delà de son apport financier, ce service correspond à la mission et aux objectifs d’ACHIM. On a une mission sociale et on contribue à aider des gens, à bien les nourrir; ça a un impact sur la santé et le bien-être des personnes âgées. »

L’utilisation des capacités excédentaires des cuisines favorise en outre la création de partenariats avec des organismes ou des entreprises d’économie sociale du milieu. L’organisme Campus 3 offre ainsi son service de traiteur à des partenaires comme la Coopérative funéraire de l’Outaouais, pour les réceptions post-funérailles.

À Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup dans le Bas-Saint-Laurent, le Pavillon Durocher a établi un intéressant partenariat avec le Centre d’action bénévole local, qui offre le service de popote roulante dans trois municipalités des environs. Les repas sont préparés par l’équipe de l’OSBL d’habitation et livrés ensuite aux personnes âgées par les bénévoles du centre.

Cette utilisation des infrastructures des organismes permet aussi de consolider en temps complet des emplois qui autrement ne seraient qu’à temps partiel. Le directeur du Pavillon Durocher, Yvon Caron, rapporte ainsi que « les cuisiniers à l’emploi de l’organisme sont présents dès 7h le matin, jusqu’à 17h30 le soir ».

Parmi les OSBL d’habitation pour aînés, certains offrent des services d’assistance personnelle et de soins infirmiers à leurs locataires qui présentent des besoins plus importants. Certains de ces organismes offrent leurs chambres ou leurs logements vacants à des personnes ayant temporairement besoin d’une chambre de convalescence à la suite d’une hospitalisation.

Le directeur de la Résidence Le Jardin à Trois-Rivières, Richard Maziade, affirme qu’il s’agit d’un service très apprécié, qui permet en outre de faire connaître la résidence auprès de la communauté : « Nous avons plusieurs locataires qui, il y a 10 ou 15 ans, ont bénéficié de notre service de convalescence. Plus tard, lorsqu’ils ont eu besoin d’un logement avec services comme ceux que nous offrons, ils se sont naturellement tournés vers nous. »

Dans le contexte où l’organisation et la livraison des services de soutien à domicile offerts par le réseau de la santé et des services sociaux ne suffisent pas à répondre à la demande, les OSBL d’habitation pour aînés subissent une pression certaine pour offrir des services additionnels et plus assidus aux locataires en perte d’autonomie. Selon Jacques Beaudoin, « une réflexion s’impose au sein de notre mouvement quant à savoir jusqu’où on est prêts à aller. Les besoins sont croissants et les organismes ont certes à cœur que tout le monde puisse vieillir chez soi avec les services et les soins que cela requiert, sans égard à sa capacité financière. Or, cela pose toute la question de la responsabilité de l’État. Les personnes aînées à faible revenu n’ont pas les moyens de se payer le genre de services offerts dans les grandes résidences à but lucratif. »

Dans le rapport qui présente les résultats de l’étude, publié à l’automne, le RQOH suggère une marche à suivre à l’intention des organismes intéressés à développer de nouveaux services ou à étendre leur offre de services actuelle. Ces organismes sont invités à contacter leur fédération régionale pour évaluer leurs options.

L’étude intitulée Des occasions à saisir et à partager. Un portrait des activités génératrices de revenus autonomes dans les OSBL d’habitation pour aînés [1] a été menée dans le cadre des activités du Créneau des entreprises collectives en services aux personnes âgées autonomes et en perte d’autonomie. Elle a été réalisée grâce à la collaboration du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. Le Créneau rassemble une cinquantaine de partenaires des secteurs de l’action communautaire et de l’économie sociale, qui interviennent sur des enjeux qui touchent les personnes aînées.