Femme de dos se promenant avec une valise beige

3 avril 2025

Itinérance et facteurs de précarité

Le terme itinérance vient du bas latin itinerari, qui signifie « voyager ». Bien que le phénomène suppose un mouvement des individus, le sens étymologique est plus bucolique que la réalité des personnes itinérantes.

En effet, la situation d’une famille ou d’un individu sans toit résulte plutôt d’un dysfonctionnement. Elle traduit une fracture sociale, une souffrance, une précarité, un manque de soutien et des traumas.

Le phénomène a plusieurs visages. Ceux-ci sont complexes et nuancés. De plus en plus de groupes sociaux sont représentés dans l’équation.

D’ailleurs, près du quart des personnes sondées lors du dénombrement de 2022 ont signalé que la cause de leur situation d’itinérance était une forme ou une autre d’éviction. Bien que depuis le 6 juin 2024, un moratoire de trois ans les protège contre certaines évictions, les locataires ne sont pas complètement à l’abri du phénomène. Les propriétaires véreux trouvent, pour leur part, d’habiles subterfuges pour assouvir leur soif de profit.

L’itinérance peut prendre plusieurs formes. Elle peut être situationnelle, cyclique, chronique, cachée ou institutionnelle. Il ne faut négliger aucune des situations dans le portrait global.

Les mécanismes de survie des femmes sont différents, et ceux-ci les rendent plus sujettes à vivre de l’itinérance cachée.

Itinérance chez les femmes

Les femmes présentent en effet plusieurs facteurs de précarisation. Elles sont plus souvent victimes de violence, de précarité d’emploi, en plus de faire face à différentes formes de discrimination. Elles deviennent plus sujettes à la violence sexuelle et économique, notamment. Il est dès lors plus difficile d’échapper à leur agresseur.

Les femmes en situation d’itinérance rencontrent des difficultés particulières, qui constituent des facteurs de précarisation. Pensons notamment à la grossesse ou à l’hygiène féminine. Dans la rue, la tenue vestimentaire change, le maquillage et les bijoux sont/doivent être laissés de côté.

On arrache souvent leur maternité aux femmes en situation d’itinérance, en plaçant leurs enfants dans des milieux d’accueil familiaux ou institutionnels. Cette situation est très difficile humainement et a de lourdes conséquences pour les enfants.

Cathy Michaud, coordonnatrice du travail de rue, BRAS Outaouais

On t’arrache le droit à ta féminité ; on t’arrache ton identité.

Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI)

Le gouvernement affirme se soucier de fournir un accueil digne et sécuritaire aux personnes en demande d’asile, mais son discours axé sur les chiffres […] laiss[e] entendre que la crise des services publics est engendrée par la présence des demandeurs d’asile sur le sol québécois.

Facteurs de précarisation

L’isolement social est pire pour les personnes sans papier ou dont le statut d’immigration n’est pas régularisé. À défaut de pouvoir s’intégrer au marché du travail, les demandeurs d’asile sont contraints de faire appel à l’assistance sociale pour subvenir à leurs besoins de base.

Le maigre montant consenti par l’État, combiné au discours voulant que les personnes migrantes contribuent à la crise, complexifie leur situation lorsque vient le temps de se loger.

Défis accrus

Les personnes venues de l’étranger se retrouvent devant des défis accentués en matière d’accès aux ressources et aux soins.

D’autre part, les ressources débordent puisque les séjours se prolongent. La rotation devient complexe et entraîne de trop nombreux refus. On remet donc les gens dans la rue, alimentant ainsi le cercle vicieux de l’itinérance. Cela engendre une perte de pouvoir chez les individus.

La santé mentale se gère mieux quand les personnes sont outillées. Il importe ainsi de diversifier l’offre de services, puisque les besoins de plusieurs individus ne cadrent pas avec les services traditionnels.

Un enjeu collectif

Diane Ankouné, intervenante sociale au Gîte Ami de Gatineau

Il y a une inondation. Au lieu d’arrêter le robinet, on nous dit d’essuyer le plancher.

Les ressources en itinérance demeurent souvent dans l’urgence, en réaction aux situations qui se présentent.

Afin de contrer le phénomène, il est essentiel d’agir en amont, en misant sur la prévention et la sensibilisation. Cela peut prendre la forme d’ateliers, de kiosques, de conférences, de littérature ou encore d’actions visant l’autonomisation des individus.

La construction de logements sociaux et le développement du continuum de logements sont également des clés pour permettre aux ressources d’éviter un retour dans le cycle de la rue.

Chaque geste compte. Que ce soit un repas, un sourire, un don, une oreille attentive ou toute autre attention bienveillante, il faut réveiller notre sens humain. L’effort collectif a un effet certain. L’itinérance, c’est le problème de tout le monde !

 

Sources :

Soirée de discussion sur l’itinérance des femmes organisée par AGIR Outaouais, tenue à la Maison du citoyen de Gatineau le 7 mars 2025. Voir actualité en lien avec le sujet

Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Réponse aux propos du gouvernement du 20 février 2024, le 21 février 2024.

Ligue des droits et libertés, Regards croisés sur les droits des personnes migrantes, le 23 février 2024.