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L’accès au logement : point d’ancrage de toute politique sociale
5 mars 2012

L’accès au logement : point d’ancrage de toute politique sociale

Geneviève Rey-Lescure, chargée de projets. Réseau québécois des OSBL d’habitation

L’itinérance prend résolument de l’ampleur au Québec et bien que ses causes soient multiples, l’une des causes de sa perpétuation

et de son aggravation est sans contredit la précarité et l’instabilité résidentielle. En effet, comme le suggèrent Henri Dorvil et Paul Morin, l’accès au logement est souvent la pierre angulaire de l’accès aux autres droits sociaux, comme le droit à l’éducation, à la santé ou le droit aux services de base comme l’eau ou l’électricité. Autrement dit, le domicile donne généralement droit à toute une panoplie de droits civils et sociaux sans lesquels l’intégration sociale serait pratiquement impossible. Dans ces conditions, l’accès à un logement devrait constituer le point d’ancrage de toute politique sociale destinée à résoudre ou, du moins, à alléger les effets et les conséquences de la pauvreté et de l’itinérance.

Le nouveau portrait de l’itinérance

Le phénomène de l’itinérance s’est profondément modifié au cours des trois dernières décennies. Selon le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), ces transformations s’articulent principalement autour de trois aspects, soit l’accroissement de la population itinérante, la diversification des groupes touchés par cette problématique et l’aggravation des problèmes associés au phénomène. Par rapport à l’expansion de la population des sans-abri, l’utilisation croissante des services offerts à cette dernière suggère qu’un nombre grandissant de personnes se trouvent dans une situation d’itinérance. De même, si les hommes composent encore la majorité de la population itinérante, on remarque que le poids numérique des femmes y apparaît plus important d’année en année. La transformation de la structure sociale de la population itinérante fait, quant à elle, référence à l’accroissement du phénomène des jeunes de la rue simultanément au vieillissement généralisé des individus se trouvant en situation d’itinérance. Puis, aux problèmes déjà associés à l’itinérance, comme l’alcoolisme, la toxicomanie et la maladie mentale, sont venues se greffer de nouvelles difficultés telles que le VIH/Sida, la déficience intellectuelle, le suicide, la polytoxicomanie, etc. En outre, des individus cumulent souvent un état d’itinérance avec d’autres problèmes, comme la maladie mentale, la toxicomanie ou de graves troubles physiques, et ils font partie de cette frange de plus en plus grande de l’itinérance dite multiproblématique. Dans ces conditions, la circonscription du phénomène de l’itinérance s’avère un exercice délicat puisqu’il renvoie à une pluralité de conditions.

Les causes qui conduisent à l’itinérance sont au moins aussi complexes que les caractéristiques que le phénomène présente. En effet, la diversification de la population qui en compose les rangs suggère que ses origines sont imbriquées dans une multitude de causes individuelles, structurelles et institutionnelles. Au plan individuel, sont identifiées les contraintes plus immédiates, associées à des difficultés personnelles et à des incapacités diverses, allant des problèmes de santé mentale, de traumatismes reliés à l’enfance, de violence en passant par la toxicomanie, etc. Mais attention, réduire uniquement le phénomène à ces origines reviendrait simultanément à oblitérer ses causes structurelles. En effet, certaines orientations politiques ont également participé à la construction du phénomène de l’itinérance en accentuant les inégalités sociales. Pensons aux transformations du marché du travail, à la réforme des politiques sociales, à l’augmentation du chômage et au désengagement de l’État du domaine social, sans oublier la pénurie des logements. Au niveau institutionnel, plusieurs soulignent que la politique de désinstitutionnalisation en santé mentale expliquerait en partie l’augmentation de la population itinérante, bien que la maladie mentale ne touche pas l’ensemble de cette dernière. Mais dans l’ensemble, il n’est pas aisé de déterminer les origines causales du phénomène de l’itinérance dans la mesure où c’est finalement un amalgame complexe de facteurs sociaux, économiques et individuels qui conduisent ultimement des individus dans une situation d’itinérance.

Investir dans le logement social permanent

Dans ces conditions, comment les différents paliers de gouvernements doivent-ils réagir ? Quelles sont les réponses qui doivent être apportées pour lutter contre l’itinérance ? Dans un contexte où l’accès à un logement décent demeure difficile pour des personnes itinérantes et où la réponse élaborée est surtout axée sur une approche d’urgence visant à répondre aux besoins les plus pressants, il est grand temps que les orientations s’inscrivent également dans une perspective fondée sur la stabilité et le long terme. La promotion du logement social adhère précisément à cette approche dans la mesure où elle repose sur l’idée qu’un logement renforce un sentiment d’appartenance et représente un élément indispensable de l’intégration dans la vie sociale, familiale et professionnelle. Un logement décent et accessible confère ce sentiment de sécurité et de stabilité nécessaire à l’épanouissement de tout individu. La pénurie des logements sociaux et les carences importantes au niveau des ressources d’hébergement permanent demeurent des éléments déterminants de la persistance de l’itinérance, rendant ainsi encore plus pressante la résolution de cet aspect précis. Inversement, une stratégie nationale sur le logement social doit impérativement prendre en compte l’enjeu de l’itinérance.

Article paru dans le bulletin Le Réseau no 39

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