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Le logement au Portugal de 1974 à 1976: 40 000 logements sociaux en deux ans
14 septembre 2015

Le logement au Portugal de 1974 à 1976: 40 000 logements sociaux en deux ans

Construire des dizaines de milliers de logements sociaux dans un pays de huit millions d’habitants, du pur délire ? Retour sur une expérience populaire réussie.

Le Centre canadien d’architecture accueille en ce moment une exposition sur le logement au Portugal de 1974 à 1976, un événement qui, bien que relatant une expérience unique et un modèle fort d’intervention dans la ville, n’est pas sans rappeler les idéaux à l’origine du logement social au Québec

La révolution des OEillets d’avril 1974 a signé la fin de la dictature salazariste, mais des décennies de dégradation économique et sociale ont laissé des traces. Aucune politique du logement sérieuse n’avait été mise en place sous la dictature de Salazar et un nombre démesuré de Portugais habitaient dans les bidonvilles qui fleurissaient autour de Lisbonne et du centre de Porto. C’est dans ce contexte de mutation sociale que prend place cette expérience.

Tout au long de l’exposition, on ne peut s’empêcher de tisser des liens avec d’autres expériences menées à travers le monde et de se questionner sur l’héritage que le mouvement a pu laisser. L’impact du programme SAAL1 a amené une réflexion importante autour du droit à la ville, notamment pour les populations pauvres ou marginalisées et autour de la place de l’architecte. Dans la conception du SAAL, l’architecte n’était ni un décideur ni un exécutant, mais un partenaire des résidents. Il écoutait les besoins avant de réaliser ses plans, proposait des maquettes qui étaient ensuite discutées. Cette démarche était axée sur l’idée d’un urbanisme humain et social. On est loin des « cages à lapin » imaginées en France à la même époque ou des grands projets de rénovation urbaine à Montréal et Québec des années 1960 et 1970, où des quartiers entiers seront rasés au nom de la modernisation.

Les projets du SAAL s’intéressaient à des lieux où les gens naissent, vivent, travaillent. L’idée était de préserver le milieu et le tissu social. Il ne s’agissait plus de repousser les populations en périphérie, mais de requalifier des bâtiments déjà existants pour les anciens résidents. On retrouve l’importance accordée au milieu de vie dans le secteur des OSBL et coopératives d’habitation. Les OSBL d’habitation se basent sur un même principe de proximité. Les projets sont en effet mis en place par des intervenants du milieu et réalisés non seulement pour les habitants, mais avec eux, en fonction de leurs besoins. On retrouve également l’idée du soutien communautaire, avec la coopération entre des équipes techniques et des citoyens et des associations de quartier. Ce modèle d’intervention se poursuit d’ailleurs au-delà de la phase de conception du projet au sein des OSBL d’habitation.

La collaboration des savoirs professionnels et des connaissances de terrain permettent la mise en place de projets mieux conçus, qui correspondent à des réalités et aux enjeux locaux des populations. Finalement, l’expérience du SAAL montre que nous avons cette capacité de faire des logements de qualité à la suite d’une réflexion intelligente entre les principaux concernés.

Le SAAL n’était pas un mouvement uniforme, mais plutôt un chapeau qui regroupait une multitude de projets et d’expérimentations. Il consistait à envoyer des équipes techniques d’architectes, appelées « brigades », à travers tout le Portugal dans le but d’élaborer des solutions résidentielles en collaboration avec les communautés locales. L’expérience participative s’appuyait sur des dynamiques sociales de revendication déjà existantes dans les quartiers, telles que les associations de résidents. Les projets ne se limitaient pas uniquement à l’aspect architectural, mais prenaient aussi en compte la vie des résidents. Les brigades réalisaient des diagnostics territoriaux afin de connaître leur profil. La force du mouvement résidait dans sa capacité d’exprimer clairement des besoins pragmatiques et concrets en matière de logement. Durant ses 26 mois d’existence, le SAAL a contribué à 170 projets et touché près de 40 000 familles.


1 Servicio Ambulatorio de Apoio Local ou « service ambulant de soutien local ». Le SAAL est un service mis en place par le gouvernement socialiste provisoire qui finança le projet, en convergence avec des architectes, afin de répondre à la pénurie de logements et à la dégradation des conditions de vie au Portugal.

Article paru dans le bulletin Le Réseau no 47

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