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Projets Autochtones du Québec : vivre au sud, penser au nord
10 mai 2017

Projets Autochtones du Québec : vivre au sud, penser au nord

Parmi les personnes en situation d’itinérance à Montréal, les Autochtones sont surreprésentés, et ce, pour de nombreuses raisons. La rareté de services sociaux et de santé adaptées aux cultures des Premières Nations, des Inuits et des Métis dans la métropole, ainsi que les discriminations raciales dont ils font l’objet, expliquent en grande partie cette situation. La création en 2004 de Projets Autochtones du Québec a permis d’offrir une réponse devant l’urgence des besoins. En 2016, l’organisme a déménagé et développé un projet de chambres de transition. Pour relever ce défi, dont les modalités se sont étalées sur cinq longues années, PAQ a pu compter sur un réseau de partenaires dévoués et une équipe de travail particulièrement engagée.

Seul OSBL d’habitation mixte spécifiquement pour Autochtones à Montréal, Projets Autochtones du Québec (PAQ) accueille chaque nuit depuis des années des dizaines d’hommes et de femmes en situation d’itinérance. « Avant le déménagement de nos locaux en mai 2016, PAQ offrait uniquement des services d’urgence de nuit, explique Adrienne Campbell, la directrice. Avec le nouveau projet, nous avons doublé notre capacité d’accueil. De plus, les hommes et les femmes sont sur des étages différents, avec un espace communautaire commun ».

Une quarantaine de lits d’urgence sont disponibles dans le volet refuge du projet, en plus de seize chambres de transition. « Il s’agit de chambres pour les gens qui veulent sortir de la rue, mais qui ont besoin de plus d’accompagnement, poursuit Adrienne Campbell. Ils bénéficient de services qui sont adaptés à leur culture, à leurs connaissances et à leur façon de faire. »

Situé en plein centre-ville montréalais, l’organisme membre de la Fédération des OSBL d’habitation de Montréal (FOHM) offre ainsi des services d’intégration sociale culturellement adaptés, avec le soutien de nombreux partenaires provenant des différentes communautés des Premières Nations, Inuits ou Métis : cuisine collective, atelier d’auto-défense pour les femmes, artisanat autochtone, échange linguistique, présentation des films de la Wapikoni Mobile, etc.

« La patrouille de rue Ka’washse par exemple, offre un soutien adapté aux personnes qui ont des problèmes de consommation, indique Mme Campbell. Aussi, Médecins du Monde prodigue des soins directement sur place, dans le respect des cultures autochtones en matière de santé. »

Le refuge est connu de toute la communauté Autochtone et Inuit de la ville, et est sollicité pour sensibiliser la population montréalaise aux difficultés rencontrées par les Autochtones en milieu urbain, notamment au niveau de l’itinérance. En effet, en raison des conditions économiques et sociales extrêmement difficiles dans les réserves et les villages nordiques (pénurie et surpopulation des logements, insécurité alimentaire, effondrement de l’économie traditionnelle, taux de chômage élevé, etc.), un grand nombre d’Autochtones décident de s’établir en ville. D’autres, en particulier les Inuits, se trouvent à Montréal afin d’obtenir des soins médicaux qu’ils ne peuvent recevoir dans leur communauté. Et de plus en plus d’Autochtones sont nés à Montréal et n’ont jamais connu la vie dans les réserves.

En réalité, la plupart des Québécois ignore qu’une majorité d’Autochtones habitent désormais en milieu urbain. Mais la transition vers la ville est souvent difficile et certains ne parviennent pas à surmonter les nombreux obstacles qui se dressent sur leur chemin. Ils se retrouvent alors en situation d’itinérance. Selon Matthew Pearce de la Mission Old Brewery, un OSBL d’habitation aussi membre de la FOHM, il est nécessaire d’avoir des services spécifiques pour les Autochtones : « On doit adapter les services pour qu’ils soient à la hauteur et qu’ils accélèrent la sortie de la rue vers la réinsertion. »

Un défi relevé pour de meilleurs services

C’est en 2011 que PAQ se retrouve dans l’obligation de quitter ses locaux, jusqu’ici prêtés par la Ville de Montréal : la relocalisation est devenue inéluctable, mettant en péril la pérennité de l’OSBL. « C’était un défi énorme pour l’organisme, bien au-delà des ressources que nous avions à notre disposition, déclare la directrice. Toutefois, le soutien autour de PAQ était de premier choix. L’importance de nos partenaires communautaires et financiers ne peut pas être sous-estimée, ils ont cru en notre mission, insiste-t-elle. Ils étaient aux côtés de PAQ et ils ont offert leur soutien au-delà de leur mandat. »

La directrice note les conditions « difficiles » dans lesquelles les employés de PAQ ont accepté de travailler, faisant preuve d’un dévouement impressionnant, malgré l’incertitude de ce projet. « Encore aujourd’hui, ajoute le président de l’organisme William John, bien que les gouvernements du Québec, du Canada et de la Ville de Montréal aient fourni les fonds nécessaires pour la construction et le déménagement, les fonds pour faire fonctionner l’établissement ne sont pas encore au rendez-vous. »

À la suite d’un long travail de recherche de financement et de planification, se heurtant parfois au syndrome « pas dans ma cour », PAQ devient propriétaire et déménage en mai 2016 dans ses nouveaux locaux. Pour accompagner le projet, la FOHM fournit un soutien en gestion technique du bâtiment et gestion financière des chambres de transition. « Ce projet de relocalisation en est surtout un de développement, avec la mise en place des chambres de transition, précise Mme Campbell. Il s’agit d’un service unique au Québec pour les Autochtones et nous étions tous ensemble dans cette entreprise ! »

Les membres de PAQ ont en effet été impliqués dans le projet de développement : « Leur courage doit être souligné ! Comme l’organisme, les membres avancent » s’enthousiasme la directrice. Quatre rencontres ont été tenues en 2015-2016, permettant d’expliquer la mission et les objectifs du projet à 70 personnes utilisatrices des services de PAQ. « Nous avons aussi rencontré 25 résidents-es du refuge qui avaient rempli le formulaire de demande de logement, précise la directrice, et nous sommes allés chez des organismes travaillant avec les populations Autochtones afin de présenter le contrat de services et d’hébergement des chambres de transition. »

Pour surmonter les obstacles liés à une relocalisation incertaine, des ressources limitées et le syndrome « pas dans ma cour », les acteurs du milieu se sont mobilisés pour appuyer cet organisme incontournable et essentiel dans le centre-ville montréalais. C’est avec brio que le défi a été relevé, permettant à PAQ de développer ses services.

Lire l’autre article du Bulletin 51 sur les Autochtones

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