Mockup - Sommet Évo 2023

28 novembre 2023

Sommet Évo 2023 : vers la transition écologique

Plusieurs dizaines d’acteurs du milieu municipal, de la construction, de l’urbanisme et de l’habitation étaient réunis, le 17 novembre dernier, à l’occasion du Sommet Évo 2023

Organisé par le Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (CREDDO), l’événement a permis aux participants d’unir leurs forces pour réfléchir à la transition écologique en matière d’habitation et de mobilité durable.  

Défis majeurs 

Philippe Bourke, directeur activation et intégration du développement durable Hydro-Québec, et président du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, a soulevé les défis majeurs auxquels la société fait face, soit la décarbonisation de l’économie et la réduction de la consommation d’énergie.  

Le directeur général du CREDDO, Benoît Delage, a pour sa part indiqué le grand potentiel d’énergie solaire de la province.  

Il a également rappelé que la Ville de Gatineau a adopté, en 2017, son premier Plan d’action pour la biodiversité et son Plan climat, en octobre 2021. 

Notons que l’Outaouais a été la première région à se doter d’un plan de transition soutenu par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs et par Hydro-Québec.  

Il n’est pas trop tard, mais ça urge ! 

Pour Vincent Moreau, directeur général du Fonds climat du grand Montréal, les maires et les mairesses du Québec sont en première ligne face aux changements climatiques.

 

Il a souligné l’importance de changer le paradigme socio-économique, car la lutte aux changements climatiques nécessitera des investissements massifs et la protection des milieux naturels. La mobilisation de tous les acteurs de la société civile s’impose. Cette opération doit également s’appuyer sur un plan budgété.  

M. Moreau juge nécessaire de prévoir des investissements responsables qui permettraient la croissance. Il importe également de calculer les risques et de les assumer.

 

Les feux de forêts monstres ont eu un impact considérable sur l’environnement. La COP28, qui aura lieu du 30 novembre au 12 décembre prochains, permettra de dresser un bilan du désastre. 

Vincent Moreau, Fonds climat du Grand Montréal

« Tout le monde doit identifier des solutions et prendre des engagements […] Soyez l’activiste au sein de votre organisation. » 

L’engagement social et communautaire s’impose.  

D’ailleurs, le Fonds climat du Grand Montréal sert à catalyser l’innovation financière climatique. Il permet ainsi d’accélérer le financement des OSBL. Sept municipalités ont bénéficié du Fonds basé sur The Atmospheric Fund de Toronto.   

Ce modèle d’affaires autosuffisant et pérenne stimule l’innovation et l’économie circulaire. Les investissements sont directs. Pour les projets de 5 à 50 logis, le Fonds offre un accompagnement en continu visant des bâtiments plus verts et une économie durable. L’entreprise démotorise également les stationnements. 

Sources de financement 

Les participants ont été invités à partager des sources de financement pour faciliter la transition écologique. Citons, parmi celles-ci :  

 

Selon M. Moreau, la littératie climatique doit être développée.  

Il est également d’avis que la reddition de comptes peut freiner les initiatives porteuses. 

À son sens, il conviendrait d’adapter notre approche selon les projets et de standardiser les processus administratifs, tout en allant au-delà de l’harmonisation des standards.  

Pour ce faire, il juge à propos de réaliser des tests climatiques pour les projets, d’identifier tous les leviers disponibles et de se doter d’un plan directeur pour porter la démarche de la transition énergétique. 

Le Sommet a également permis d’explorer de meilleures solutions pour réduire les espaces dédiés au stationnement, notamment pour contrer les îlots de chaleur.  

Les conférenciers ont fait valoir que tout le monde paye pour des véhicules stationnés 95 % du temps. 

Mobilité durable 

Catherine Morency, titulaire de la Chaire Mobilité et de la Chaire de recherche du Canada sur la Mobilité des personnes de la Polytechnique, a parlé de la transformation de la mobilité.  

Il s’agit d’un défi d’envergure, puisque les gens ont l’habitude de se déplacer seuls en voiture.  

Or, les émissions de gaz à effet de serre sont en croissance et il faut réduire notre dépendance à l’automobile. Qui plus est, les véhicules sont de plus en plus gros et l’accès à la voiture est en croissance. 

La motorisation serait la deuxième dépense la plus importante des ménages, avec pas moins de 33 milliards payés pour les voitures privées.  

Les citoyens ont souvent un biais en faveur de « l’auto solo ». Or, on transporte du vide et il y a, en chiffres absolus, plus de véhicules que de population adulte.

La conférencière, qui soutient l’établissement d’une politique de mobilité durable, a ainsi invité les participants à se questionner sur l’espace utilisé par les voitures. 

Comment faire mieux ?  

Patrick Robert Meunier, directeur général de Mobi-O, une entreprise vouée à la mobilité durable, a confirmé que la demande pour l’automobile a explosé. 

Selon lui, afin d’améliorer nos pratiques en matière de durabilité, il faut avoir une vision claire et démontrer une volonté d’agir. 

Parmi les pistes de solutions soulevées par M. Meunier, notons : 

  • Construire mieux au bon endroit;
  • Appuyer le développement des modes de transports durables;
  • Densifier intelligemment en pensant l’aménagement en fonction des usagers plutôt qu’en fonction de l’automobile;
  • Favoriser le transport collectif grâce à des projets structurants (ex. tramway);
  • Instaurer des zones piétonnières;
  • Offrir des incitatifs financiers (forfaits de mobilité);
  • Revoir le nombre de stationnements au minimum (obligations municipales).

La qualité de ce qui est construit importe. Il faut avoir des options d’accessibilité et identifier et développer des alternatives à la voiture.  

Pour ce faire, il est nécessaire d’évaluer l’usage et l’usager, selon le principe de transversalité, et s’assurer que les options de mobilité durable soient plus attrayantes. Savoir comment les gens se déplacent permettra d’adapter l’offre en conséquence. 

La clé est ainsi d’avoir une multitude de choix et d’en assurer l’abordabilité (navettes, stationnements incitatifs, taxis collectifs). Nos collectivités doivent valoriser les espaces piétonniers sécuritaires et multiplier les options qui ne sont pas de l’autopartage. 

Sensibiliser et outiller 

Catherine Craig St-Louis, coordonnatrice – aménagement du territoire et urbanisme et responsable du bureau de Gatineau de Vivre en Ville, a présenté le Carrefour de Vivre en Ville. Cette plateforme Web propose notamment des dossiers spéciaux, des ouvrages, des outils, des sites Web, des idées et des positions, de même que des vidéos et des études de cas afin de favoriser les collectivités durables.  

Elle a également évoqué la communauté de pratique Municipalités amies du climat, qui « rassemble des municipalités engagées pour le climat et les appuie dans leurs démarches de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation aux changements climatiques ». 

François William Croteau, PDG de l’Institut de la résilience et de l’innovation urbaine et auteur de l’ouvrage S’adapter. Demain : les villes résilientes, estime que le territoire peut être aménagé différemment et s’adapter par lui-même. Selon lui, la biodiversité doit circuler et pour ce faire, une discussion entre les éléments est nécessaire. 

Il a présenté quelques actions concrètes afin de favoriser cette transition : 

  • Décloisonnement
  • Verdissement des espaces
  • Recyclage de l’eau pluviale
  • Préservation des espaces verts
  • Assouplissement réglementaire (ex. arbres, poules)
  • Collaboration entre public et privé
  • Consultations publiques ambitieuses
  • Sensibilisation face aux enjeux climatiques
  • Mutualisation et gestion de l’eau
  • Création d’une synergie communautaire et du sentiment d’appropriation (inclusion)

Le conférencier et animateur a défendu la nécessité d’adapter nos actions en fonction des besoins réels et d’adapter notre capacité d’agir en mobilisant plusieurs acteurs de la société civile. 

Décarbonisation 

Philippe Bernier, vice-président, Stratégie, Opérations et Durabilité chez JLL a indiqué que nous pouvons réduire pas moins de 75 % à 90 % la consommation d’énergie des bâtiments passifs.  

Il a expliqué qu’il existe deux catégories de GES, soit celles du carbone intrinsèque, associé à la fabrication, et le carbone opérationnel, associé à l’utilisation. 

« 81 % des personnes sondées croient que l’arrimage entre les gouvernements, les utilisateurs et les investisseurs est cruciale. » (JLL, 2021)  

Selon M. Bernier, les acteurs de décarbonisation sont la technologie, le coût et le timing.  

 

En conclusion, si les changements climatiques se font bien sentir, il existe des solutions pour protéger l’environnement. Il ne manque que la volonté politique et citoyenne pour agir et faire une différence.  

Comme le rappelait la députée de Pontiac, Sophie Chatel, « seul, on va plus vite » mais « ensemble, on va plus loin ».