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Toujours, Solid’Aires
1 mai 2013

Toujours, Solid’Aires

Par Lise Nantel, membre du CA. Habitations Solid’Aires. Merci à Vincent Gamache, responsable du soutien communautaire. Fédération de Laval, Laurentides et Lanaudière des OSBL d’habitation (FLOH)

Dans le cadre de ce numéro, Lise Nantel membre du CA des Habitations Solid’Aires a accepté de partager avec nous pourquoi travailler à répondre aux problèmes liés à la pauvreté des femmes est, pour elle, un incontournable. Ponctué d’anecdotes et d’observations, son témoignage est un vibrant plaidoyer pour l’habitation sociale et le soutien communautaire.

Habitations Solid’Aires a été initié en 2002 par le Centre de Femmes comme moyen de diminuer les conséquences de la pauvreté des femmes. Dès lors, j’ai été invitée à participer à la mise en place du projet. Mon souci était que ce projet puisse appartenir aux femmes et non seulement à quelques intervenantes. Le défi était de taille, mais je crois qu’il a été relevé.

Les premiers ménages ont été accueillis en 2004. L’immeuble de 32 logements, volet famille, dont seize ménages qui bénéficient du Programme de subvention au loyer. Depuis 9 ans, cinquante familles ont habité l’immeuble. Sans avoir de critères favorisant directement les femmes, depuis son ouverture, seulement quatre hommes seuls, deux familles biparentales et un homme monoparental ont fait partie de l’organisme. Tous les autres locataires étaient des femmes seules ou avec enfants. D’ailleurs, au sein des Habitations Solid’Aires, on retrouve habituellement entre 30 et 35 enfants. De ce constat, on peut malheureusement en déduire que, quand le critère de faible revenu est pris en compte, ainsi que celui de la priorité aux personnes victimes de violence conjugale, les femmes sont les grandes gagnantes à la loto des  logements à prix économique ou à loyer modique…

Les femmes seules et monoparentales qui se retrouvent aux Habitations Solid’Aires doivent faire face à de nombreux défis que l’on associe généralement au manque de ressources financières et de formation professionnelle. Le principal défi étant de garder l’espoir de s’en sortir grâce à un travail. En effet, dans ce contexte, les obstacles à surmonter sont nombreux : retour aux études, enfants à gérer, absence de transport, lourdes et longues démarches administratives, etc. De quoi en décourager plus d’une! Et ce, sans parler des répercussions que l’on constate sur les enfants : difficultés scolaires, décrochage, comportement difficile, etc.

Néanmoins, elles font preuve de beaucoup de générosité, d’entraide et de souci de  leur environnement. Janine qui va porter une soupe à une voisine; Louise qui initie  une voisine au jardinage pour la sortir de la solitude; Caroline qui garde l’enfant de  l’autre; Suzanne qui donne 20 heures par semaine de présence au bureau; Pauline qui conduit souvent, une ou l’autre, à des rendez-vous; Chantal qui prend en charge l’entretien de l’immeuble; Michelle qui collecte les loyers le premier du mois… Le quotidien aux Habitations Solid’Aires, c’est aussi cette solidarité dans l’adversité.

Alors qu’à leur arrivée, la majorité de nos résidentes vivaient de l’assistance‑emploi, aujourd’hui, grâce principalement au soutien communautaire offert, la majorité de ces femmes sont retournées aux études, puis au travail.

Actuellement, toutes les résidentes qui n’ont pas de contraintes au travail sont, d’ailleurs, en emploi! Elles ont amélioré leur qualité de vie, ont pris du pouvoir sur celle-ci et ont une meilleure estime de soi. Le modèle  qu’elles donnent à leur enfant s’est donc grandement amélioré.

Alors qu’au début, beaucoup de femmes restaient isolées, grâce à l’initiative de certaines qui ont su aller vers les autres et aux activités communautaires, leur solitude a beaucoup diminué et souvent leur santé s’est améliorée.

Alors qu’au début, avec plus d’une trentaine d’enfants et d’ados, nous avions souvent des situations de vandalisme et des problèmes de toutes sortes qui se concluaient, trop souvent, par des interventions policières, aujourd’hui, il est très rare que l’on vive ce type de situations. De plus, l’aide aux devoirs offerte aux jeunes et les activités sociales offertes ont contribué à améliorer leur estime d’eux-mêmes et leurs résultats scolaires, même si tout n’est évidemment pas parfait.

Alors que certaines femmes ne réussissaient jamais à garder un logement, celles-ci demeurent depuis neuf ans aux Habitations Solid’Aires, et ce, tout en respectant bien leurs obligations!

Je crois, donc, fermement qu’en chacune de ces femmes, il y a le potentiel pour que leur vie s’améliore. Il faut simplement leur en donner la possibilité et les accompagner dans leur cheminement! Par contre, — et c’est tout un défi — il est important de toujours garder en tête que nous sommes des accompagnatrices et non des distributrices de services, ce qui est souvent plus facile. Il faut être capable de surmonter nos préjugés et de persévérer… Quand je vois le changement que le fait d’habiter dans notre immeuble a apporté à la vie de beaucoup de ces femmes, il est difficile de ne pas les aimer et de ne pas continuer. Quand Suzanne m’a dit que même si elle gagnait le million, elle ne voudrait pas quitter son logement… Quand j’entends des femmes, mais aussi des jeunes, dire comment ils sont fiers d’habiter l’immeuble et qu’ils n’ont plus aucune gêne à inviter leurs amis… Là, je me dis que les efforts et le temps consentis en valaient bien la peine!

Je pense que les organismes existants qui travaillent auprès des femmes couvrent la majorité des problématiques, mais n’ont, malheureusement, pas les ressources suffisantes pour accomplir leur mission et/ou ne rejoignent pas les femmes les plus susceptibles d’avoir besoin de leurs services. Là, où je crois que l’action a le plus de chance d’être porteuse de changement, c’est là où elles vivent, donc prioritairement dans leur milieu d’hébergement ou de travail. C’est pourquoi travailler à offrir du soutien communautaire dans ces lieux demeure, pour moi, une priorité.

Article paru dans le bulletin Le Réseau no 43

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