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Un manque de soutien durement ressenti
1 mars 2021

Un manque de soutien durement ressenti

 

La crise sanitaire à laquelle on fait face depuis maintenant près d’un an s’est avérée extrêmement exigeante pour le personnel, les bénévoles et les locataires des habitations communautaires. Il n’y a pas un seul organisme, parmi les 1 250 OSBL d’habitation et les 2 600 ensembles de logements sous leur responsabilité, qui n’a pas eu à s’adapter, à mettre en place des mesures spéciales et à assumer les impacts financiers associés à la gestion de la pandémie.

Globalement, le secteur a fait preuve d’une résilience et d’une capacité d’adaptation exceptionnelles, en dépit d’un manque de soutien de la part des autorités. Bien qu’accueillant dans des milieux de vie collectifs des personnes comptant parmi les plus vulnérables à la Covid-19, la situation est demeurée sous contrôle et les rares éclosions ont été contenues. Près de la moitié des 55 000 logements offerts en OSBL d’habitation étant réservés à des personnes âgées, ce secteur en particulier était à haut risque – et il l’est toujours.

Le 24 novembre dernier, une centaine de représentantes et représentants d’OSBL d’habitation pour aînés se sont rencontrés en mode virtuel pour partager leur expérience à propos des impacts de la pandémie sur leurs organisations, leurs locataires et leurs équipes. Parmi eux, on en comptait autant qui provenaient de résidences pour aînés certifiées au sens de la loi (RPA) que d’OSBL d’habitation non visés par la certification, mais qui présentent néanmoins des caractéristiques similaires. Dans les deux cas, un même constat : les habitations communautaires pour aînés sont à la fois méconnues et mal reconnues par les autorités.

Confusion des genres

Cette méconnaissance et ce manque de reconnaissance ont été durement ressentis dans les OSBL d’habitation non visés par la certification. Comme la plupart de ces ensembles ne reçoivent aucun soutien financier à l’exploitation, ils ont dû assumer eux-mêmes les coûts associés à la mise en place des mesures sanitaires recommandées par la santé publique, ainsi que les pertes de revenus causées par la pandémie (difficulté à relouer les logements vacants, impossibilité de tenir les activités d’autofinancement habituelles, etc.). Ces dépenses et ces pertes, qui se chiffrent pour certains à plusieurs dizaines de milliers de dollars, affecteront inévitablement leur viabilité financière et leur capacité à maintenir l’abordabilité de leurs loyers.

Même si le ministère de la Santé et des Services sociaux a fait preuve d’une ouverture fort appréciable en autorisant les établissements à fournir des services de gardiens de sécurité à certains OSBL-H n’ayant pas le statut de RPA, la différence entre le soutien offert aux RPA – qui ont eu droit à une aide financière exceptionnelle de 40 millions de dollars au début de la pandémie – et l’absence de tout appui financier aux OSBL-H pour aînés non certifiés reste incompréhensible. Un gestionnaire d’un organisme montréalais a résumé ainsi le sentiment général provoqué par cette situation : « La pandémie a révélé qu’il y a deux classes d’aînés au Québec : les riches et les pauvres. On soutient financièrement les résidences Chartwell, alors qu’il n’y a pas un sou pour les habitations destinées aux aînés à faible ou très faible revenu! »

En appliquant les mêmes barèmes que ceux qui ont été utilisés pour déterminer le montant d’aide financière offert aux RPA, le RQOH a estimé à 2,2 millions $ le coût d’un soutien équivalent s’il avait été étendu aux OSBL-H pour aînés non certifiés. La demande, présentée aux ministres Blais et Laforest au printemps dernier, est demeurée lettre morte.

Responsable des dossiers « aînés » au RQOH, Jacques Beaudoin déplore que cette méconnaissance du secteur sans but lucratif soit encore aussi répandue. « Des gestionnaires d’OSBL-H non certifiés nous ont rapporté des situations absurdes, comme celle où un établissement a renvoyé à la maison une locataire hospitalisée, en taxi et en pantoufles un vendredi soir à minuit, en tenant pour acquis qu’il y avait sur place des préposées et du personnel pour l’accueillir et s’assurer qu’elle serait isolée des autres locataires. Cela, dans une habitation où il n’y a par définition ni préposée, ni personnel 24/7! Des situations comme celles-là, on nous en a rapporté plus d’une. »

Cette méconnaissance de la réalité des OSBL-H, on la constate aussi du côté des résidences certifiées. Parmi les 1 700 RPA, on en compte environ 200 qui sont exploitées par des organismes sans but lucratif. Ces RPA sont bien différentes des grandes résidences à but lucratif. Elles sont administrées par des bénévoles et ne disposent pas des mêmes moyens. Pourtant, les attentes des établissements à leur égard sont les mêmes.

Un exemple de cette méconnaissance a été souligné à la rencontre du 24 novembre par des gestionnaires de RPA sans but lucratif du Saguenay– Lac-Saint-Jean. Depuis le début de l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement du Québec a offert des primes salariales aux préposées et aux membres du personnel des RPA – une mesure nécessaire pour favoriser la rétention du personnel et le travail à plein temps. Or, les « cadres » n’y sont pas admissibles, parce que cette catégorie de personnel est généralement mieux rémunérée en RPA – souvent, les directeurs de résidences ont droit à des primes de rendement basées sur les profits de l’entreprise.

Faut-il rappeler que dans les RPA OSBL, il n’y a pas de profits et que les salaires sont pour le moins modestes? « En fait, explique une gestionnaire, depuis l’instauration de ces primes, nos employés gagnent plus que nous! Certes, ils le méritent, mais ça devient extrêmement démotivant pour nous. On est pourtant toujours sur le terrain, et on ne compte pas nos heures! » Les postes de direction dans les RPA OSBL étant occupés très majoritairement par des femmes, on est en droit de se demander si ce n’est pas là une autre manifestation de cette vision que le communautaire et la main-d’œuvre féminine soient un moyen d’offrir des services socialement nécessaires à bon marché.

Cela dit, l’ensemble des participants à la rencontre du 24 novembre s’entendent sur une chose : ce sont les résidents et locataires des OSBL-H qui ont payé le plus lourd prix depuis le début de la pandémie. Fermeture des salles communautaires et des salles à manger, annulation des activités de loisirs, confinement et isolement : les gestionnaires ont vu la santé physique et mentale de trop nombreuses personnes âgées se dégrader.

À travers ces heures, ces jours, ces semaines et ces mois si difficiles, la solidarité et l’entraide entre les locataires, le personnel et les bénévoles des OSBL d’habitation ont néanmoins permis de garder l’espoir d’un retour à une vie collective « normale », qui fait la richesse de ces milieux de vie. En espérant que ces derniers seront désormais enfin reconnus à leur juste valeur.

 

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