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Vieillir chez soi dans la dignité
1 octobre 2021

Vieillir chez soi dans la dignité

C’est là l’idéal que se promet de réaliser chaque jour le Centre des aînés d’Asie du Sud-Est (CAASE), mieux connu sous le nom de Carrefour Rosemont. Cette résidence pour aînés à but non lucratif, RPA certifiée en vertu de la réglementation québécoise, place la stabilité résidentielle au sommet de son engagement auprès de ses locataires.

D’entrée de jeu, on demande à Stella Anastasakis, la directrice de l’organisme, de définir la mission. Elle dit : « Attendez un instant, je vous la lis, car elle vaut la peine ».
On comprend vite que ce qu’il faut retenir, c’est le maintien à domicile, la stabilité résidentielle. « On veut tout déployer pour que les locataires restent ici. » Parfois même quand des résidents perdent en autonomie, que des gens au CLSC disent d’un locataire vieillissant « envoyez-le ailleurs », la réponse c’est « Avant de la faire placer, trouvez-nous une ressource de répit, les services pour que cette personne demeure chez elle. » Il y a même eu un couple où le conjoint d’un résident avait vraiment besoin d’une pause et les voisins se sont organisés pour les soutenir, en attendant qu’on leur procure une ressource de répit.

« La mission du CAASE est d’offrir des logements à prix abordable à des ménages âgés de 65 ans et plus. En ce sens, le CAASE a pour mission de développer et d’améliorer la qualité de vie des ménages en leur donnant un accès permanent à un logement adapté, décent, accessible financièrement et sécuritaire, assorti d’accompagnement social. Le défi du CAASE est de favoriser le maintien à domicile et la stabilité de ses locataires afin de leur permettre de se réapproprier leur place dans la société comme citoyens à part entière. »

— Stella Anastasakis

Communauté vietnamienne

Ce qui frappe dans l’appellation officielle de l’organisme, c’est bien entendu la mention de l’Asie du Sud-Est, surtout dans le quartier La Petite-Patrie où la communauté vietnamienne n’est pas particulièrement présente – pas autant en tout cas qu’elle peut l’être dans Côte-des-Neiges ou dans l’arrondissement Saint-Laurent. Il y a bien un temple bouddhiste à deux pas de là, mais en fait la localisation a davantage à voir avec la disponibilité d’un terrain relativement abordable au moment où il a été acquis en 2004. Le projet de résidence a été fait avec la communauté vietnamienne, mais pas exclusivement pour elle. « Au sein des locataires, la communauté vietnamienne représente depuis les débuts entre la moitié et le tiers des locataires, cela a toujours été un projet de cohabitation, de diversité culturelle. »

Toutes les communications internes aux locataires sont traduites en vietnamien, de même que les lettres d’information. En janvier 2020, la FOHM, le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) et le RQOH relançaient la campagne Quatre murs ce n’est pas assez visant à obtenir un rehaussement du financement du soutien communautaire en logement social. La campagne prenait la forme de cartes postales signées par des locataires et adressées aux ministres responsables. L’opération concordait justement avec le moment où la décision était prise d’avoir un intervenant communautaire sur les lieux avec l’aide du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC). « On a mis les locataires dans le coup, raconte madame Anastasakis, on leur a expliqué “on a besoin d’argent, on a besoin de votre support” ». Un locataire s’est alors empressé de traduire le texte de la carte postale en vietnamien, d’en faire des copies, de les faire signer. « Pour l’organisme, c’est important. Nous voulions que les gens sachent dans quoi on est : on est dans un réseau d’OBNL qui ont des besoins. » Signe de l’adhésion des locataires à la campagne : tout le monde a signé !

Traverser la tempête

L’organisme a traversé une crise entre 2017 et 2019. Il y a eu des problèmes avec l’administration précédente du projet, celle qui avait certes eu le mérite de le fonder, mais qui, selon plusieurs, s’était encroûtée dans des pratiques autoritaires, souvent méprisantes à l’égard des locataires, et des pratiques de gestion locative douteuses laissant des logements vacants ou en mauvais état. Bref, une période difficile et traumatisante à certains égards.

Les locataires ont eu le courage d’interpeler le Comité logement Petite-Patrie, qui a lui-même rameuté la table de concertation des groupes communautaires du quartier, le député Gabriel Nadeau-Dubois a relayé le dossier. De son côté, la Société d’habitation du Québec a mis le holà, la Fédération des OSBL d’habitation est venue en appui, le RQOH également. Cela a donné lieu à un beau sursaut de dignité, une reprise en main par les locataires et le milieu. Les gestionnaires sujets à caution ont été remplacée.s, et une nouvelle administration élue démocratiquement. Robert Mackrous, un gestionnaire chevronné à la feuille de route irréprochable, a été dépêché par la FOHM, et c’est à ce dernier qu’a succédé Stella Anastasakis, l’actuelle directrice.

Si nous évoquons ce difficile épisode, ce n’est pas pour remuer le fer dans la plaie, mais plutôt pour souligner que dans ce cas précis comme dans d’autres, potentiels, « mettre la clé sous la porte » n’est pas la solution et qu’il est important que la communauté prenne en main la pérennité des trop rares immeubles de propriété collective dont nous disposons. « C’est avec satisfaction que nous voyons cet organisme évoluer depuis la reprise en main, témoigne Chantal Desjardins, directrice générale de la FOHM. Nous avons mis ou remis en place plusieurs choses. Tout un plan de redressement a été établi avec la SHQ : gestion, comptabilité, financement, soutien communautaire, travaux sur l’immeuble, etc. »

Pandémie

L’organisme est sorti renforcé d’une crise interne… pour plonger tête première dans une autre crise, mondiale celle-là. Stella Anastasakis n’était en poste que depuis quelques semaines quand la pandémie a frappé de plein fouet les résidences pour aînés. « Toute l’équipe ici on s’est mis à répondre aux demandes du CIUSSS : barrer les portes, empêcher le monde de sortir et d’entrer, se mobiliser sept jours sur sept », un vrai branle-bas de combat, raconte la directrice.

Par chance, mais sans doute aussi grâce au travail d’une équipe extraordinaire, le Carrefour Rosemont n’a eu à déplorer aucun décès dû à la Covid-19. Mais la frousse n’en a pas été moins grande pour autant, et les conséquences, assez terribles.

« À ce moment-là, on pouvait les perdre ». L’équipe a réussi à amener la Clinique psychogériatrique de l’hôpital Jean-Talon, situé tout près, à s’impliquer auprès des locataires. En mars 2021, quatre-vingt-trois résidents ont participé à une enquête pour faire le portrait de la situation, abordant des sujets aussi sensibles que l’envie de mourir qui pouvait habiter certains locataires. « Dix locataires ont suivi une formation avec la clinique pour trouver des solutions », conclut Stella Anastasakis qui attend, optimiste, l’état d’avancement des efforts.

« Avant la pandémie, nous avions évalué qu’une poignée de résidents étaient vulnérables au point d’avoir besoin d’aide psychiatrique ou de faire face à une perte d’autonomie importante. À l’automne 2020, on a refait le calcul et la proportion avait énormément augmenté ! Ça va de l’anxiété à la peur de la Covid, plusieurs ont vu leurs capacités diminuer drastiquement. Les crises d’angoisse et même les idées suicidaires sont apparues. »

Tout l’épisode a raffermi les liens avec les groupes et les ressources, communautaires ou publiques, des environs. « Nous leur avons expliqué nos valeurs, notre vision : Nous autres, c’est clair, on ne met pas les gens dehors. Notre objectif c’est de leur trouver des solutions. Certaines résidences, ce qu’elles veulent avoir, c’est un rapport du CLSC leur disant que telle personne ne peut plus demeurer sur place. Nous, non. » Parlant du personnel du réseau, Stella Anastasakis admet : « C’est vrai qu’il a fallu les brasser. »

L’expérience du Carrefour Rosemont est particulièrement précieuse à Montréal, où la majorité des OSBL d’habitation s’adressant à une clientèle âgée ne possède – ni ne recherche à vrai dire – la certification « résidence pour aînés », à qui on reproche d’imposer une « vision unique » de la vieillesse et de ses besoins de protection et d’autodétermination. Ici, le statut de RPA ne limite pas, loin de là, la prise en charge de leur propre vie par les résident.es, dans la perspective d’une vieillesse vécue chez soi.

Propos recueillis par

Claude Rioux
Responsable des communications – RQOH

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