30 septembre 2022

Journée nationale de la vérité et de la réconciliation

Instituée il y a un an pour honorer la mémoire des survivantes et des survivants des pensionnats autochtones, le 30 septembre est aussi l’occasion pour la société majoritaire issue de la colonisation de s’engager concrètement dans la voie de la réconciliation.

[Photo : nouveau milieu de vie pour étudiantes et étudiants autochtones à Trois-Rivières; SIRCAAQ]

Parmi la foule de gestes auxquels doivent se commettre les gouvernements, celui d’assurer des conditions de vie et de logement dignes aux personnes autochtones de ce pays est sans doute l’un des plus urgents. Car avoir un logement adéquat et sécuritaire – et avoir accès à l’eau potable qui est la source même de la vie – est l’une des conditions essentielles à l’exercice de tous les autres droits. Cela passe entre autres par la mise en œuvre pressante d’une politique de développement du logement autochtone. Des mesures à la fois énergiques, respectueuses des volontés et de l’autonomie des Premiers Peuples et financées conséquemment.

Dans l’ensemble du Canada

Selon un document que l’Association canadienne d’habitation et de rénovation urbaine (ACHRU) a fait circuler cette semaine, les ménages autochtones sont 1,5 fois plus susceptibles d’avoir besoin d’un logement que les ménages non autochtones et sont plus susceptibles de vivre dans un logement inadéquat ou inadapté. De plus, une personne autochtone sur quinze vivant dans des centres urbains est en situation d’itinérance. Dans la population générale, seule une personne sur 128 est confrontée à l’itinérance.

Des organismes réunis sur la colline parlementaire à Ottawa, dont le RQOH et le Caucus autochtone de l’ACHRU, ont rencontré divers responsables de l’habitation au plan fédéral pour réclamer que la Stratégie nationale sur le logement comprenne un plan pour répondre aux besoins critiques en matière de logement des Autochtones en milieux urbains, ruraux et nordiques. Leurs propositions sont axées sur une stratégie pour les Autochtones par les Autochtones.

Au Québec également

Au Québec, on parle certes beaucoup depuis un certain temps de crise du logement et du besoin de reconnaître le caractère fondamental et universel du droit au logement. Or, pour les membres des communautés autochtones qui vivent en milieu urbain, à l’extérieur de cette créature de l’État canadien que sont « les réserves », la crise du logement n’est pas un phénomène conjoncturel, elle se vit en permanence.

La discrimination systémique dans l’accès au logement et la non-reconnaissance des spécificités culturelles et du besoin d’autodétermination des personnes et communautés autochtones sont des phénomènes bien documentés, et sont surtout une réalité quotidienne pour la plupart d’entre elles.

Le gouvernement du Québec a sa part de responsabilité et doit immédiatement mettre la main à la poche pour financer les projets de logements que les Autochtones eux-mêmes et elles-mêmes mettent sur la table.

Cela doit venir du secteur OSBL aussi

Bien que des organismes mis sur pied par et pour des Autochtones aient réalisé de très beaux projets de logements communautaires dans les dernières années, force est d’admettre que les besoins des communautés autochtones sont loin d’occuper toute la place qu’ils devraient dans le secteur du logement social et communautaire.

À l’occasion de son colloque les 13-14 septembre, le RQOH a tenté précisément de combler ce vide. « Il faut faire de l’enjeu du logement autochtone une priorité pour le mouvement du logement communautaire, qui peut devenir un allié des communautés autochtones » avait déclaré le directeur général André Castonguay en ouverture. Pour cela, il a invité des représentants de la Société immobilière du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec (SIRCAAQ) à présenter leurs projets de développer des infrastructures immobilières destinées aux Autochtones du Québec. Des projets axés principalement sur une offre de logements pour les étudiantes et étudiants autochtones et leurs familles, dont certains sont en bonne voie de réalisation.

Signe que des gestes issus de la société majoritaire peuvent faire la différence, la Fédération régionale des OSBL d’habitation de la Montérégie et de l’Estrie est en voie de créer 31 nouveaux logements à Châteauguay. Une entente a été conclue avec les services sociaux de Kahnawake « pour assurer le soutien communautaire des locataires issus de la communauté autochtone ». Cinq unités sont réservées à des membres de la communauté mohawk.

Ensemble, il est possible de faire de la réconciliation davantage qu’un slogan.