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À Québec, un projet-pilote de maintien en logement fait ses preuves
9 août 2017

À Québec, un projet-pilote de maintien en logement fait ses preuves

L’équipe de Clés en main mène depuis bientôt deux ans un projet-pilote pour répondre aux besoins de personnes vivant en logement social qui sont susceptibles d’être expulsés. Financé par l’OMH de Québec, ce projet pourrait mener à la création d’une équipe d’accompagnateurs de maintien en logement.

D’octobre 2015 à novembre 2016, Clés en main, un volet de l’organisme Programme d’encadrement clinique d’hébergement (PECH) membre de la FROHQC, a mené une recherche-action auprès de vingt personnes risquant de se faire expulser de leur logement subventionné. Le principal objectif de cette étude (dont le rapport est disponible en ligne) était de comprendre les besoins psychosociaux des locataires vulnérables et désaffiliés, exposés à des risques importants d’expulsion, puis de mieux s’outiller pour y répondre.

« Nous avons cherché à comprendre cette ‘’zone grise’’ : pourquoi environ 10% des personnes habitant en logement social ou communautaire sont susceptibles d’être en situation d’instabilité résidentielle ? explique le coordonnateur de Clés en main, Mario Bousquet. Les propriétaires privés, les administrateurs et les gestionnaires constatent que certains de leurs locataires sont aux prises avec des problèmes de santé mentale, de toxicomanie ou de judiciarisation, ce qui peut nuire à la quiétude des lieux. Mais le système n’est pas fait pour ces cas particuliers. »

Au terme de la recherche-action, aucune des vingt personnes ne s’est retrouvée expulsée de son logement. Cinq personnes ont été réintégrées au système de santé, trois ont reçu un diagnostic, cinq ont évité de nouveaux démêlés judiciaires, sept médiations ont été effectuées auprès du voisinage, etc. « Dans un cas, la personne n’avait plus de diagnostic de santé mentale, alors que ça prend un diagnostic pour avoir des services. Le problème, c’est que pour avoir un diagnostic il faut voir un psychiatre, mais souvent le psychiatre n’est pas disponible avant six mois. Et en six mois, tu as le temps de perdre ton logement. »

D’après M. Bousquet, le réseau de la santé ou le secteur communautaire manque d’outils et de financements pour prévenir et empêcher l’instabilité résidentielle des plus vulnérables des locataires en logement social. Rappelons notamment que 24% du budget en soutien communautaire réclamé par le RQOH a été finalement attribué aux OSBL d’habitation. « Nous insistons sur la notion d’accompagnement, et non d’intervention, explique M. Bousquet. C’est complémentaire avec le soutien communautaire, qui repose sur une stratégie collective, alors que notre projet-pilote propose de travailler sur des situations cliniques isolées. »

En cas d’expulsion, il faut attendre cinq années avant de réintégrer un logement social. « On trouve que c’est cher payé, affirme le coordonnateur, pas seulement pour la personne, mais aussi pour toute la société si on prend en compte le coût pour sortir une personne de la rue qui est de 40 à 50 000 $ par année. »

Face à ces constats, un poste d’accompagnateur de maintien en logement a été créé, avec des horaires flexibles (le coût revient alors à 8500$ par année par personne à risque d’instabilité résidentielle). « La flexibilité est primordiale pour parvenir à rejoindre les personnes en situation de crise résidentielle. Ça ne peut pas fonctionner avec du 9 à 5 du lundi au vendredi. » Le rôle de l’accompagnateur est de comprendre d’où provient la désaffiliation de la personne, d’identifier ses besoins, et de créer un plan de sortie de crise en concertation avec tous les services significatifs (infirmiers, travailleurs sociaux, intervenants en soutien communautaire, etc.).

Ainsi, pour éviter le travail en silo, la recherche-action recommande de mettre en place des équipes intersectorielles. « En fait, il faut adapter les services aux besoins de ces personnes, et non qu’elles s’adaptent aux services, résume M. Bousquet. Nous considérons que le logement est un levier et un déterminant social pour réaliser son plein-potentiel de citoyenneté; nous sensibilisons donc nos partenaires aux risques liés à l’instabilité résidentielle. »

Sur le territoire de la Capitale-Nationale, 10 000 logements sont subventionnés, et d’après l’étude de Clés en mains, environ 1300 personnes pourraient avoir besoin d’accompagnement en maintien à domicile. L’organisme attend la réponse du CIUSSS concernant une demande de financement de 240 000$ sur trois ans, afin de créer une équipe de quatre accompagnateurs pour répondre à l’ensemble des besoins.

Le programme Clés en main vise à offrir à des personnes qui ont des problèmes de santé mentale des logements sociaux subventionnés de qualité de même que des suppléments au loyer (subvention où le locataire paie 25 % de son revenu pour le loyer). Une autre dimension de ce programme consiste à développer des formules d’habitation sociale qui permettent aux locataires l’appropriation du pouvoir individuel et collectif dans une démarche d’éducation à la citoyenneté. PECH est fiduciaire de Clés en main depuis sa création en 2001.

Un atelier sera donné sur ce projet de recherche-action le 6 novembre 2017 lors des Rendez-vous de l’habitation, un événement de la Société d’habitation du Québec.

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